L’homme est un loup pour l’homme auteur : comment citer Hobbes correctement dans une copie ?

La formule « l’homme est un loup pour l’homme » ne figure pas dans le Léviathan. Citer Hobbes en renvoyant à son ouvrage le plus connu est donc une erreur de référence, sanctionnée en copie de concours comme en dissertation universitaire. La source exacte est l’épître dédicatoire du De Cive, publié en 1642, soit neuf ans avant le Léviathan. Comprendre cette distinction change la manière de mobiliser la citation dans un devoir.

Plaute, Hobbes et la chaîne d’attribution : qui est le véritable auteur ?

Attribuer la paternité de « homo homini lupus » à Thomas Hobbes est un raccourci. La première occurrence connue se trouve chez Plaute, dans la comédie Asinaria (La Comédie des Ânes), sous la forme : Lupus est homo homini, non homo, quom qualis sit non novit. Plaute écrivait au IIe siècle avant notre ère, dans un registre comique, pour décrire la méfiance envers un inconnu.

Hobbes reprend la locution latine dans un tout autre cadre conceptuel. Dans l’épître dédicatoire du De Cive (Du Citoyen), il articule deux propositions symétriques : « un homme est un dieu pour un autre homme, et un homme est aussi un loup pour un autre homme ». La seconde moitié de la phrase est systématiquement amputée dans les copies, ce qui produit un contresens majeur.

Nous recommandons en copie de toujours préciser la double attribution : Plaute pour l’origine de la locution latine, Hobbes pour sa réélaboration philosophique dans le De Cive. Omettre Plaute n’est pas rédhibitoire, mais signaler la filiation antique démontre une maîtrise de l’histoire des idées que les correcteurs valorisent.

Professeure de philosophie expliquant la citation Homo homini lupus de Hobbes au tableau

Citation complète du De Cive : pourquoi la version tronquée fausse la thèse de Hobbes

La version longue oppose explicitement deux pôles. D’un côté, l’homme est « un dieu pour l’homme » lorsque les citoyens vivent sous un État qui garantit la coopération. De l’autre, il est « un loup pour l’homme » lorsqu’il se trouve dans l’état de nature, sans pouvoir commun pour arbitrer les conflits.

La formule « loup pour l’homme » ne décrit pas la nature humaine en général. Elle caractérise une situation précise : l’absence de souverain, la guerre de chacun contre chacun. Réduire Hobbes à une anthropologie pessimiste, c’est ignorer que tout le projet du De Cive puis du Léviathan consiste à montrer comment sortir de cet état par le pacte politique.

Dans une copie, citer la version tronquée sans préciser qu’elle ne vaut que pour l’état de nature revient à transformer Hobbes en moraliste misanthrope. Le correcteur y voit un manque de lecture directe du texte, voire un emprunt de seconde main à un manuel de vulgarisation.

Référencer Hobbes en copie : méthode de citation selon le format attendu

Les exigences varient entre une dissertation de terminale, une copie de khâgne et un devoir de culture générale en prépa HEC. Le degré de précision documentaire attendu n’est pas le même, mais certaines règles s’appliquent partout.

Les éléments à faire figurer dans la référence

  • L’ouvrage exact : De Cive (ou Du Citoyen), épître dédicatoire, et non le Léviathan. Mentionner « Hobbes, Léviathan » pour cette citation est une faute de référence.
  • La formulation complète incluant le pôle « dieu pour l’homme », même en version abrégée entre parenthèses, pour montrer que la citation est maîtrisée et non récupérée d’un florilège.
  • Le contexte conceptuel : état de nature, absence de pouvoir souverain, guerre de tous contre tous. Sans ce cadrage, la citation flotte et perd sa fonction argumentative.

Ce qu’il faut éviter dans une copie

  • Écrire « Comme le disait Hobbes, l’homme est un loup pour l’homme » sans référence d’ouvrage. Cette formulation signale un usage décoratif de la citation.
  • Traduire homo homini lupus est en ajoutant le verbe « est » comme si Hobbes l’avait écrit ainsi. Chez Hobbes, la structure syntaxique est différente de celle de Plaute.
  • Utiliser la formule comme argument d’autorité pour justifier un pessimisme anthropologique. La citation décrit une condition politique, pas une essence humaine.

Exemplaire ouvert du Léviathan de Hobbes avec des fiches de citations académiques sur un bureau en bois

État de nature et pacte politique : le cadre théorique à mobiliser avec la citation

La citation n’a de valeur argumentative que rattachée au raisonnement du De Cive. Hobbes y décrit l’état de nature comme un état de guerre potentielle permanente, où la peur et le désir de sécurité poussent les hommes à chercher la paix. Le loup n’est pas une métaphore de la méchanceté mais de la puissance égale de nuire : chaque individu, dans l’état de nature, possède un droit illimité sur toutes choses, y compris sur le corps d’autrui.

C’est précisément cette égalité de menace qui fonde la nécessité du pacte. Les hommes renoncent à leur liberté naturelle et transfèrent leur puissance à un souverain (le Léviathan) pour obtenir la sécurité. La formule « dieu pour l’homme » décrit alors la condition politique sous l’autorité de l’État.

En copie, nous observons que les meilleures notes vont aux candidats qui utilisent la citation comme pivot entre deux parties : la description de l’état de nature d’un côté, la justification du pouvoir politique de l’autre. La citation sert de charnière, pas de conclusion.

Erreurs fréquentes dans les copies sur Hobbes et l’état de nature

Confondre Hobbes et Rousseau constitue le piège le plus courant. Rousseau reprend la question de l’état de nature mais en inverse la valeur : chez lui, l’homme naturel est pacifique, et c’est la société qui le corrompt. Citer « l’homme est un loup pour l’homme » dans un développement sur Rousseau est un contresens qui coûte cher en notation.

Autre erreur récurrente : placer la citation dans une introduction comme amorce sans jamais y revenir. La citation doit être analysée, pas simplement posée. Si elle apparaît en accroche, le devoir doit la reprendre dans le corps du raisonnement pour en déplier le sens.

Enfin, négliger la dimension latine de la formule prive le candidat d’un levier d’analyse. Mentionner la forme homo homini lupus et sa filiation avec Plaute permet de montrer que Hobbes s’inscrit dans une tradition rhétorique qu’il détourne à des fins politiques. Cette mise en perspective distingue une copie informée d’une copie qui se contente de répéter un lieu commun philosophique.

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